Angoisse passagère à SanLitun

Hier , je me suis retrouvée sans le vouloir dans le coin le plus vulgaire de Sanlitun , c’est à dire Gongtixilu, la rue Ouest du Stade des travailleurs. J’étais habillée comme une pouilleuse, tongues aux pieds, pédalant sur mon vélo, et je n’en menais pas large à slalommer entre les baby dolls plastiquées juchées sur leurs 12 centimètres et les Ferrari roses fluos. Fût un temps où je fréquentais certains des établissements de cette avenue étourdissante, sorte de guirlande de discothèques posée entre deux grands ensembles sportifs construits à la fin des années 50 pour glorifier la vigueur socialiste. C’ était l’ époque où mon pote Mael ramenait regulièrement plein de noms de la Drum’n’bass, un moment où les boss du Mix commençaient vraiment à avoir de l’argent, suffisamment pour se payer un deuxième club (le Cargo) et demander à des français en situation semi régulière de ramener des djs.

C’était assez téméraire de ramener ce genre de sons vu les habitudes de la clientèle, les fêtards étaient plutôt du genre à se booker une grande table, à jouer aux dés en buvant du whisky thé vert qu’à se déchaîner sur le dancefloor. Mais disons qu’il y a eu une parenthèse (2006-2007) où cela a existé, ensuite la majorité de ces clubs sont retombés dans l’Euro Dance maximale.

Aujourd’hui encore la table réservée en carré Vip est de mise, plus que jamais d’ailleurs, par contre le whisky thé vert est complètement passé de mode, maintenant les gens boivent des choses plus normales, du genre vodka soda ou vodka red bull mais la taille des bouteilles reste complètement extravagante pour nous autres occidentaux.

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Quoiqu’il en soit, hier, j’avais une drôle de sensation au milieu des murs de LED et des boules à facettes, une impression de vide , je crois, tout simplement. Un vide infini au milieu de cette débauche de loisir “cheap”. A part un bref moment d’hilarité devant les vidéos gays qui tournaient en boucle sur des écrans plasma géants mettant en scène des ouvriers sexy et transpirants très occupés à manipuler des scies à métaux, mon humeur est vite devenue morose. Les remix house de Rihanna, ca me fait pas rire. Vieillesse, aigreur? Je ne sais pas.

J’ai vite décidé de quitter ce bar gay et j’ ai réenfourché mon vélo. Sur le chemin, un étrange mélange de voitures hors de prix ,de stands de nouilles et brochettes à un euros, de vendeuses de ballons, de filles peu vêtues avec leurs mecs en uniforme HBA (marque New Yorkaise semi sport wear semi cyborg qui me laisse pantoise). Mais là je me sentais mieux, je préfère observer la faune en extérieur que dans ces boîtes infernales où en plus de perdre des points d’audition on sent ses synapses qui claquent comme des bulles de chewing gums.

Fendant la nuit avec mon vélo à panier, j’ai pris le chemin de la maison. Plus loin les Chengguan, sorte de brigade intra urbaine assez désagréable, s’affairaient à confisquer les touk touks ,les tables et chaises des petits bars d’un autre spot nocturne. Mais pas de friction, pas d’altercation, il faut bien faire le ménage une fois de temps en temps, sans doute à l’arrivée d’un chef d’état étranger ou quelque chose du genre. Je pense que ce soir ou au plus tard après demain , les estaminets auront de nouveau pignon sur rue, les touk touks seront sortis de la fourrière et la bière recoulera à flots.