Arrivée à Chengdu

Arrivée à Chengdu

L’arrivée à Chengdu, comme l’arrivée dans toutes les grandes villes de Chine est désespérante. Passé le spectacle saisissant des chaines de montagnes qui entourent la ville, l’avion oblique vers les milliers de tours d’habitation qui s’étalent à l’infini, ces terribles légos sans âme qui sont  devenus la signature de toute l’urbanité chinoise, puis finit par atterrir dans un brouillard compact. Est-ce le brouillard poétique des poèmes Tang ? Ou est-ce le monstre de la pollution qui se répand jusqu’ici ?  C’est un mélange des deux, car traditionnellement Chengdu a la tête prise dans les nuages qui s’accumulent au pied du plateau tibétain ; et à cet atavisme climatique s’ajoutent les effluves de la modernisation, les fameuses particules fines. Cela fait deux mois que les habitants n’ont pas vu le soleil…

Sur le chemin qui me mène au centre-ville j’ai du mal à croire tous les gens qui m’ont vanté l’art de vie dans cette capitale en tout point identique aux autres : artères gigantesques, blocs d’habitation que l’on date en fonction de leur décrépitude naissante pour les plus anciens ou de leur revêtement lumineux pour les récents, shopping malls extra larges, rien ne semble y avoir été conçu pour la vie humaine.

C’est en quittant la rocade surélevée et en atteignant enfin le niveau de la terre que le rythme organique de la ville commence à se faire sentir. Des scooters, quelques vélos encore, des stands de fruits, des roulottes stationnées au bord des rues proposent toutes sortes d’encas à croquer sur place sur des tabourets ou à emporter. La place de la nourriture que l’on m’a tant narrée se vérifie. La populace est là, elle traine du pied, elle parle fort, elle rigole, dans ce dialecte gouailleur typique de la région. Enfin, je sens le pouls de cette grosse carcasse qui maintenant s’incarne en un corps bien vivant. Comme toutes les villes de Chine, Chengdu a été amputée de plusieurs parties d’elles-mêmes mais son cœur bat encore.