Bons baisers de Pékin

Premier retour à Pékin depuis mon départ fin Juin. La veille au soir, j’échange avec une copine qui me vante le magnifique ciel bleu de la capitale, cette fulgurance continentale, ces couleurs tranchées, très « yang », très viriles que nous ne connaissons pas dans nos contrées tempérées résolument humides, grises et féminines. Je m’attends à trouver Pékin semblable à certains de ces panneaux de propagande, irradiée de la lumière du jour, de la société harmonieuse et du développement durable. Pourtant c’est un smog maximal qui m’attend à l’atterrissage de l’avion : visibilité zéro sur les structures playmobilesques de l’aéroport et de ses environs, purée de poids à l’indice de pollution effrayant.

Je ne me laisse pas abattre, il est encore tôt, 7 heures et demi environ quand nous débarquons, le temps peut encore changer. Je récupère mes bagages sans encombre et file vers la borne de taxi déserte située à l’extérieur de la porte 7. Déjà je sens l’odeur de carburant et de saucisse sucrée caractéristique des fast foods chinois qui m’assaille.

Pas de queue à la file de taxi, génial, pourtant je vois bien à la mine revêche des deux chauffeurs plantés devant leur véhicules vert et jaune que ma course ne leur convient pas ; ils discutent entre eux de qui voudra bien me prendre (ils ne sont pas là pour m’arnaquer, ce sont des taxis officiels munis d’un compteur relié à leur compagnie, c’est pour cela qu’ils rechignent à me prendre). Finalement c’est le plus âgé, un homme bourru, qui finit par relever ma course, à contre cœur. Il ne lève pas un pouce pour m’aider à placer mes bagages dans le coffre et s’installe nonchalamment dans son siège. Vite, il allume la musique qu’il met plein pot, du rock infernal des années 80 quand les chinois ne savaient pas encore bien jouer de la guitare et de la pop au sirop d’osmanthe. La voiture marine dans cette odeur caractéristique de mégot froid et d’ail macéré que j’ai déjà décrit dans mon article sur les clopes. Nous faisons du sur place dans les bouchons, suspendus sur l’express way, surplombant les platanes rabougris et la grisaille des buildings et là, l’ami chauffeur s’allume une grosse clope au volant, mon estomac se noue, je manque de vomir, de l’insulter, de lui dire que c’est interdit, mais là, les années de résilience pékinoise reviennent à moi, je choisis d’ouvrir la fenêtre, de respirer un grand coup les pots d’échappement et de savourer mon retour dans la ville de mes premiers amours.