Des photos dans la ville

 

Lors de mes déplacements dans Paris en ce mois de juillet caniculaire, je remarquais que la RATP avait donné carte blanche au photographe de rue Bruce Gilden pour exprimer sa vision de la mobilité dans les grandes villes. Une vision noire, granuleuse, flashée où les habitants de New York, Paris ou Hong Kong, ressemblent à des zombies pris en flagrant d élit d’errance ; Tandis que le très chic Bon Marché avait lui, offert ses vitrines à l’inévitable Martin Parr et à ses clichés plébéiens de plagistes.

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Ces images à vocation presque sociale  contrastent fort heureusement avec l’énième série des Galleries Lafayette mettant en scène un mannequin flanqué d’une tour Eiffel en guise de chapeau. Le grand magasin a beau avoir pris congé de Jean Paul Goude, la mythologie qui règne autour des Galleries Lafayette et Paris et la convention tacite qui dicte à quoi ces symboles doivent ressembler est très persistante et très ennuyeuse pour les yeux.

Dans ce flux d’images permanent, que ce soit via les pubs, les médias et les sorties du cinéma, Paris, capitale de la mode, des grandes enseignes mais aussi siège d’une sourde lutte des classes entre boboïsation, prolétariat et immigration, nous envoie toutes sortes de signaux. D’un côté une image d’Epinal de Paris où tout le monde est beau et mange des macarons, d’un autre côté les photos de Gilden qui finalement ne font que nous renvoyer à nos propres visages hagards quand on arpente les longs couloirs pisseux du métro parisien, les grandes avenues bondées où l’on attend pour traverser.  Une sorte de miroir déprimant qui me fait penser que peu importe la ville du globe, les gens ont les traits tirés et rasent les murs pour rentrer chez eux.

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ARGENTINA. Mar Del Plata. 2014.
ARGENTINA. Mar Del Plata. 2014.

Quant à Martin Paar, que j’ai vu estampillé dans un tabloïd parisien « le plus sympa des photographes », je le trouve cinglant et cruel biensûr. Ses photos de plages semblent explorer avec une  froideur cachée derrière des couleurs vives l’adiposité des bourrelets italiens et argentins et montrer à quel point les gens en vacances ressemblent à des moutons de Panurge, tous unis par la disgrâce sous le soleil.

Voilà, je ne conclus rien de tout ça, je note juste ces observations avant de les oublier, car très vite ces images seront remplacées par d’autres, chics, vulgaires, informatives, putassières, artistiques. Et comme le disait Walter Benjamin:

Non pas celui qui ignore l’alphabet,

mais qui ignore la photographie,

sera l’analphabète du futur