La piscine du CITIC hotel

En Chine, les années 90 ressemblaient beaucoup à nos années 80. Quand je vois par exemple la plupart des photos collectionnées par Thomas Sauvin, mon mari, je constate qu’il y a souvent confusion, tout le monde croit que ces clichés ont été pris juste après la mort de Mao, au début de l’ouverture, mais en fait ils ont été pris dix ans voire quinze ans plus tard, cela en dit long sur le temps que cela a pris à la Chine de changer ses codes visuels.

D’un point de vue vestimentaire, c’est flagrant, les chinois urbains des années 90 vivaient dans un remix de Flash dance. Et d’un point de vue architectural, la Chine, et ici Pékin en l’occurence, est truffée de perles de bâtisses de mauvaise facture qui ont momentanément representé le top d’une architecture moderne (avec des caractéristiques chinoises, biensûr).
Le Citic hotel à côté de l’aéroport est selon moi l’une des bijoux de ce ringardisme architectural, finalement cher à mon coeur.

“Experience a vibrant European ambiance, international style and passionate service at the CITIC Hotel Beijing Airport”, voilà le slogan avenant que vous trouverez sur la version anglaise de cet hôtel construit en 1990 dans les faubourgs de Pékin, à 3 kilomètres de l’aéroport. Comme la plupart des buildings construits à cette époque, le Citic hotel est un bloc de béton surplombé d’un toit de pagode en vernissé marron. Lorsque l’on aperçoit sa toiture au delà de la cime des arbres poussiéreux qui longent la voie express de l’aéroport on peut s’imaginer qu’il y a vingt ans il avait fière allure, il devait être le seul bâtiment alentour de plus de 10 étages. En 2015 il est une sorte de relique de l’ère Deng Xiaoping.

Que font des résidents de Beijing dans un hôtel ringard dans la zone de l’aéroport allez vous me demander?
Et bien il se trouve qu’en été le CITIC hotel revêt un interêt particulier car il a une grande piscine extérieure et intérieure (dont les joints n’ont pas été retouchés depuis 1990) et qui représentent une très bonne option pour les jours de grande chaleur. On y accède pour le prix exorbitant de 150 rmb (~ 20 euros)  par adulte et 80 rmb (~ 10 euros) par enfant et là, on peut se prélasser et prendre le temps d’examiner tous les détails et les malfaçons de l’architecture “late modern socialist” et de ses particularités vernaculaires.
J’ai parlé plus haut du béton comme d’un matériau de base de cette architecture, il ne faudrait pas oublier ici l’importance du carrelage comme matériau decoratif , pour une piscine ceci dit, cela parait fort indiqué, mais le carrelage a une portée bien plus vaste en Chine, il a recouvert des villes entières, s’est installé dans les salons des particuliers , donnant cette ambiance d’hôpital aux salles de séjour avec le renfort des néons blancs, seul le dallage de marbre, de préference sombre et tacheté de brun a une place supérieure dans la hierarchie des matériaux  des bâtiments chinois.

La piscine extérieure du CITIC hotel est bordée de transats recouverts de tissus en  synthétique bleu, le revêtement qui longe les bassins est inégal et un peu crasseux. Un pavillon en forme de pagode (toujours en carrelage) se dresse sur l’un des coins et derrière; une petite guérite au style balnéaire vend des snacks à des prix prohibitifs. Le personnel est là depuis toujours et porte des chemises hawaiennes bleues et blanches.
Du bassin extérieur on peut nager jusqu’au bassin intérieur en passant au travers d’une ligne de bandelettes de plastique épais, le même genre qui isole les portes des supermarchés pendant l’hiver. Au centre du bassin intérieur il y a un îlot de carrelage bleu coiffé de végétation tropicale en plastique, il est formellement interdit de grimper sur cet îlot et c’est biensûr la première chose que les enfants font car il offre un mirador excellent pour le tir au pistolet à eau.

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2 maîtres nageurs plutôt jeunes, gardent l’oeil sur la population alanguie, Khazaks, Russes, Américains, Français. Mais les deux personnages les plus hauts en couleur de cette clientèle sont deux pékinois, des habitués sans aucun doute, brillants de Monoi et bistrés de soleil qui restent là pendant des heures, étalés comme des feuilles de bananier noircies sur leur transat bleu.

Il est rare en Chine de voir des accrocs au soleil, la croyance qui veut que celui qui est bronzé ne peut être qu’un paysan qui a trouvé son hâle que dans les travaux des champs étant encore assez tenace. Je ne sais pas d’où leur est venue cette manie? Peut être un voyage en Grèce, la découverte de la statuaire antique, du soleil brûlant et du contraste des couleurs avec les murs blanchis à la chaux? Ou peut être juste une émission de télé sur les plages australiennes?
Les deux héliotropes pratiquent la bronzette comme d’autres vont à la salle de sport. Après quelques expositions intenses, ils se relèvent, posent leur mains sur leur hanche et scrutent leur corps qui brille comme du cuir noir. Ils transpirent, non pas comme après un footing, mais juste à cause du soleil de midi, alors, ils marchent lentement, comme des félins paresseux vers les douches extérieures dont l’eau sort par jets irréguliers, et se rafraîchissent un peu avant de retourner s’offrir à l’astre lumineux.
Pendant ce temps, le bruit assourdissant des réacteurs d’avion qui attérissent déchire le ciel bleu au dessus de nos têtes.