Noël 2015

L’ambiance de cette fin d’année est un peu étrange dans le 11ème.

Cela va faire un mois que nous slalomons tous les matins entre les fleurs et les bougies pour aller à l’école rue Bichat. Généralement après avoir déposé Jojo je prends le chemin inverse et  m’arrête pour lire tous les mots, les messages, les Dazibaos qui ornent les autels funéraires formés à même le trottoir, devant le Petit Cambodge et le Carillon. Tous les jours il y a des choses qui s’y ajoutent, des photos, des peluches, des poèmes. Tout le monde y va de son pèlerinage, les gens du quartier et d’ailleurs, on peut même y croiser Agnès Varda et JR les artistes en goguette. A mesure que l’on se rapproche de Noël les guirlandes de la nativité ont commencé à se mélanger à ces grigris commémoratifs, créant un étrange fatras fleuri.

Ces derniers jours on a posé quelques sapins sur l’espèce de triangle que forment les coins de la Rue Alibert, Bichat et Marie et Louise, et puis les riverains ont collé un petit mot sur les murs engageant les gens à fabriquer une grande guirlande qui irait de la terre à la lune, une manière poétique de raviver le quartier et de nous faire lever les yeux vers le ciel au lieu de voûter les épaules en fixant l’asphalte.

La Bonne Bière a réouvert samedi dernier, sa terrasse ne désemplit pas. En effet, il fait quinze degrés en plein mois de décembre… Cela ne fait que rajouter à l’étrangeté de cette fin d’année.

#reopening #after #terrorist #attack

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Pendant ce temps là dans les quartiers commerçants les vitrines brillent de mille feus. Je me suis jurée de ne pas y ammener Jojo, mon fils de 4 ans,  il réagit très mal à la débauche consumériste, pique des crises qu’il ne piquerait pas d’habitude. C’est fou de le voir comme ça, on dirait un rat de laboratoire à qui on a inoculé un produit psychotrope, c’est aussi une bonne métaphore de l’homme néo-libéral, réduit à ses désirs et ses pulsions acheteuses.

En cela je suis contente que nous soyons dans un quartier semi populaire. Les vitrines ne sont pas trop ostentatoires, elles ne génèrent pas de désirs incontrôlables. Je trouve cela plus sain. Une boulangerie, une boucherie, un fleuriste, pas trop de choses manufacturées aux alentours, c’est bien. Bien sûr il y a les boutiques chinoises de la rue du faubourg du temple mais je ne connais rien de moins excitant, heureusement.

C’est le premier Noël que nous allons passer depuis notre retour à Paris et la rentrée de Jojo à l’école en France. C’est aussi le moment où la moitié de la planète ne parle que du dernier épisode de Star Wars. Je dois dire être complètement passée à côté de ce culte populaire, alors quelle ne fût pas ma surprise quand Jojo a demandé un sabre lumineux de Darth Vader pour Noël. J’ai mis ça sur le compte du mimétisme écolier et suis allée demander à l’école comment on expliquait Noël aux enfants et quelles activités leur étaient proposées. J’ai compris que dans le contexte farouchement laïc et a-confessionnel de notre démocratie aujourd’hui, on ne présentait Noël aux enfants que comme le jour où un gros barbu vêtu de rouge arrivait des cadeaux plein la hotte. Je me suis dit que c’était le moment d’agir. Non pas d’aller contre ces figures du siècle (je ne vois pas comment gagner la bataille contre le Père Noël et le Jedi) mais en ajouter quelques unes issues des histoires plus anciennes et de ce fait proposer une alternative à cette célébration consumériste.

Pour faire simple je me suis dit que j’allais commencer avec la naissance de Jésus, je reviendrai plus tard sur la fête de Mythra, culte païen qui honore le solstice d’hiver. Je me suis dit aussi que ça valait le coup de parler de Saint Nicolas, et le moment venu de Hanoukha, Pâques et la Résurrection, le Carême, l’Aid et tous les temps forts de nos monothéismes. Il en fera ce qu’il en veut mais si ce n’est pas nous les parents qui racontons ces histoires fondatrices de nos cultures judéo-gréco-chrétiennes, la République ne le fera pas non plus, et d’ailleurs ce n’est pas sa vocation. Ouaip, les parents ont du pain sur la planche.

Et puis, comme je ne veux pas être taxée de ringarde conservatrice et qu’il faut vivre avec son temps je promets que quand Jojo sera capable de m’épeler Bethlehem, de me citer le nom des trois rois mages, de me dire ce que c’est que la myrrhe, on pourra entamer le premier volume de la guerre des étoiles.

mini-sabre-lumineux