Notes indiennes

Premier séjour en Inde après 17 ans d’allégeance à la Chine. J’avoues avoir un peu honte d’avoir négligé si longtemps cette autre Asie. J’espère avoir assez d’une vie pour attraper quelques bribes de cette terre continent, où l’on respecte les maîtres, les vaches et où tout ce que l’on cache dans nos contrées modernes, l’ultime pauvreté, la maladie, la mort existent d’une manière béante aux côtés de la beauté pure des formes, des couleurs et des individus.

Après un moment passé le week end dans un fort multi centenaire reconverti en palais labyrinthique niché sur flanc de collines, nous reprenons la route de Delhi mais ne tardons pas à être bloqués à l’entrée de l’autoroute. Apparemment des foules mécontentes manifestent dans Delhi et on a bloqué la route pour laisser place à un haut dirigeant qui vient pour des négociations. Tout est un peu flou, sur le bas côté, tout le monde y va de son interprétation, le hindi fuse comme des bulles dans la bouche des hommes. On parle de grève des étudiants, d’une jacquerie et puis plus tard j’apprends dans Libé qu’il s’agissait d’une émeute lié au système des castes…

Quoiqu’il en soit la route de 2 heures s’est transformé en une route de 5 heures à travers la campagne Rajastanaise. La poussière des routes et les cahutes de mauvais béton construites bon gré mal gré dans le paysage aride m’ont rappelé les alentours de Pékin. Puis ce sont carrément les grands ensembles de logements encore vides posés là derrière des pancartes aux noms futuristes qui m’ont encore plus rappelé la Chine. Là encore au milieu du Rajastan, l’urbanisation suit son chemin, transformant en no man’s land des espaces qui n’étaient que des champs de blé. Rêveuse je me demande: “c’est donc ça l’ultime forme de la modernité? Des barres d’immeubles posées le long de futures quatre voies, des stations service rutilantes pour alimenter les voitures qui feront la navette entre ces satellites? N’y a t’il pas moyen d’imaginer autre chose? “

J’imagine que quand on est la deuxième population mondiale, la réponse réside inexorablement dans ces boîtes. Ma visite le lendemain dans le Vieux Delhi m’a en effet remis les idées en place. Extrême densité, immeubles lépreux, tapis d’ordures, hordes de sans logis, traffic infernal, comment ne pas rêver de ces grands ensembles équipés d’eau, de gaz et d’électricité, de garages, de supermarchés et de fosses sceptiques? Ce qui choque avec cette architecture de la soi disant modernité, c’est  la monotonie avec laquelle elle se reproduit aux quatre coins de la terre. .

Heureusement, je sens que l’Inde regorge de lieux à l’extérieur du temps qui échappent à cette chirurgie plastique mondiale. Et moi, je sais que quelque part c’est cela que je cherche, une manière de remonter le tempsNamasté!