notes portugaises


Après une semaine de vadrouille de Porto à l’Alentejo, j’ai une fois de plus  pris beaucoup de plaisir à ausculter la géographie portugaise, dernière avancée de terre de la péninsule ibérique et de l’Europe méridionale. De ces étendues sèches et poussiéreuses bordées de pins, d’oliviers et de chêne à liège, de ces énormes fleurs fuchsias qui tâchent tout à coup la verdure kaki de teintes presque fluo, aux côtes déchiquetées qui surplombent des plages immenses et solitaires auxquelles on n’accède qu’en traversant des dunes recouvertes de plantes grasses pareilles à des artichauts géants, de chardons et de ronces fleuries, je me suis shootée de paysages et d’océan, qui est le point de chute de tout dans ce pays ; il est le point, la direction vers laquelle on regarde, il est cet immense écran ouvert sur le lointain. Après lui, rien. Les îles des Acores peut être, et au bout du rien, le continent américain.

Pour ce qui est de Porto et de Lisbonne, au-delà de leur beauté escarpée, ce qui leur confère une dimension supplémentaire, c’est encore une fois cette ouverture sur l’eau, vers les fleuves, Douro et Tage qui eux même rejoignent l’océan à leurs pieds. Quelle chance d’être tourné vers toute cette masse mouvante de possibilités, j’imagine que c’est la force d’attraction de cette masse qui a conduit les navigateurs portugais jusqu’au Brésil. Un jour je voudrais moi aussi habiter dans une ville avec ce genre de topographie.

Autre luxe portugais : la faible densité humaine. Une fois sortis de Lisbonne, traversé ce grand pont rouge et longé le grand jésus qui vous tend les bras et prise la direction du sud, les autoroutes se déploient sous les roues de notre petite voiture, comme de grands rubans d’asphalte soyeux. On ne croise que de rares véhicules alors que nous sommes en plein mois de Juillet. A croire que tout le monde préfère prendre les routes nationales sans péage. Nous roulons donc à vitesse de croisière tandis que la voix métallique de notre GPS et son ridicule accent français se la ferment un instant.

Dans la région de Cercal, on traverse des villages blancs et immobiles sous le ciel bleu et le soleil de plomb souvent sans croiser âme qui vive. Ces hameaux ne sont pas à tomber à la renverse par leur beauté ou leur côté pittoresque, la région est pauvre et portée vers la mer, du coup ce n’est pas là que vous verrez les plus beaux azulejos et le baroque le plus grandiloquent. Ce sont plutôt des villages basiques qui ont l’air d’avoir été conçus par des maçons plutôt que par des architectes, mais l’été y mettant de son charme, on leur trouve quand même un petit quelque chose et l’on ne manquera jamais d’y dégoter un café avec un auvent estampillé Delta ou Buoni Café qui en plus des cigarettes et des bicas bien serrées proposent des trésors de croquettes et de beignets salés, ou alors de mini sandwichs préparés dans des pains au lait.

Mais l’élément le plus merveilleux de notre mini road trip m’est apparu seulement à son terme, après plusieurs centaines de kilomètres. Après avoir traversé des petites villes comme Santiago do Cacem, Vila Nova de Milfontes ou encore Sao Vicente et leurs alentours, j’ai réalisé tout à coup ce qui différait le plus avec des régions rurales ou balnéaires équivalentes en France. Ce ne sont pas tant la forme du clocher des églises et l’omniprésence du drapeau national que l’absence de l’immonde trilogie péri urbaine qui sévit dans l’hexagone, à savoir : zone commerciale, infrastructure routière, lotissements. Quelle émotion mes amis ! Puisse cette nonchalance envers le développement péri-urbain subsister encore un temps, puissent les portugais éviter les immondices de la décentralisation tant qu’ils le peuvent ! Je sais bien que le FMI les presse à rentrer dans le rang de l’Europe rationnelle, et j’espère qu’ils sauront faire trainer leur conversion avec toute la lenteur méridionale dont ils sont capables.