notes sur la modernité chinoise

Quand on voyage, on rencontre les têtes de gondole de la mondialisation dans les aéroports, les gares, et les centre villes, et ce qui nous saute aux yeux bien sûr, c’est l’indubitable présence d’enseignes occidentales. Et en effet, c’est fou comme les brochettes Starbucks, Zara, H&M peuvent remodeler des villes du monde entier en utilisant le même moule. La Chine ne faillit pas à la règle tout en continuant sa course folle vers la modernité en surpassant même l’occident sur certaines choses, notamment l’introduction de la technologie dans la vie de tous les jours (WeChat, Wepay, Ecommerce), à cela près que la modernité chinoise a ses propres têtes de gondole ; il y a bien sûr la persistance de la propagande en l’honneur du parti et de l’armée qui nous semble étrange à nous autres rejetons de la post modernité, mais qui est indéniablement un élément de l’hyper stabilité du système chinois (j’en parlerais dans un autre billet) et à l’échelle des grandes villes, on trouve d’autres enseignes, des chaines locales de restaurants, massage, de produits design pour maison, qui, même si elles suivent les standards occidentaux, se revendiquent de caractéristiques locales ;
Or, dès que l’on s’éloigne un peu des centre villes rutilants, lorsque l’on essaye notamment d’aller respirer le grand air à la campagne, l’on rencontre d’autres icônes, moins glamour et pourtant aussi représentatives de la Chine : la trinité des matériaux de construction : PVC, carrelage, tôle bleue ondulée. Tout ceci apparaît de bout en bout dans les voyages en Chine, généralement dans un flot de poussière charriée par des bulldozers boulimiques et nous fait douter de la possibilité de trouver l’air frais à l’extérieur des villes.
La campagne en Chine a quelque chose de désespérant, car elle nous montre le chemin que les bulldozers vont encore parcourir dans leur grand travail de désenclavement de toutes les régions du pays. Les rares parties encore indemnes de ses vastes tissus vont tôt ou tard être lacérées par des barrages, des rocades et des tunnels pour faire passer des trains et des hommes de toutes les provinces qui vont venir ouvrir des boutiques pour vendre les mêmes cuvettes en plastique et déstabiliser les écosystèmes locaux. Car oui, c’est cela la modernité, c’est la libre circulation des hommes et des produits, coûte que coûte. Et dans ce processus qui est finalement toujours le même, la Chine réussit mieux que quiconque un accablant travail d’uniformisation à grande échelle. En effet, je ne crois pas connaître de pays où en plus des infrastructures routières et commerciales, l’habitat humain soit si invariablement identique. C’est comme si un grand architecte du mauvais goût avait conçu le même moule à appliquer de Pékin à Urumqi, de Shanghai à Lhassa et de Canton à Kunming. Et oui voyageur, où que tu ailles en Chine, tu trouveras le même carrelage et les mêmes barreaux aux fenêtres et pendant des milliers de kilomètres tu auras l’impression de ne pas avoir quitté la banlieue. Comment imaginer une Chine créatrice (cette Chine des industries créatives dont on nous parle depuis 2 plans quinquennaux) dans un tel décor ? Comment imaginer que la ville chinoise telle qu’elle est aujourd’hui puisse saisir les enjeux d’une modernité anthropophage?