Res Publica

Ca ne peut pas être un hasard, moi qui ai vécu en Chine une quinzaine d’années et ne suivais les aventures de la République Française qu’à distance et avec une certaine consternation, je me retrouve riveraine du quartier de la place de la République. Ces derniers jours avec les rassemblements de Nuit Debout et leurs malheureux débordements, je zigzague régulièrement entre les tessons de bouteilles et les flaques de pisse pour atteindre le métro et m’amuse à compter les camions de CRS avec mon fils.

J’ai déjà écrit dans un billet précédent à quel point cette place m’était anxiogène, à quel point je ne m’y sentais jamais à ma place même si je ne peux que reconnaître le droit et la nécessité à l’existence de ce type de lieu dans une société démocratique comme la nôtre.

Je suis bien consciente que quelque chose de très profond se passe sur cette place ces derniers jours avec Nuit Debout, je suis curieuse de voir des gens converger comme ils peuvent (et dieu sait si c’est dur de faire converger des Français), débattre d’un autre possible en revenant aux principes basiques de la démocratie directe. Moi aussi, je sais, je sens de toute mon âme que nous sommes arrivés  à la fin d’un cycle, d’une ère où la chose politique à oublié les hommes pour copuler avec le cyber sex de l’économie financière. Je sais que les gens en ont ras le bol d’une démocratie vidée de son sens, que Dieu revient d’ailleurs à grands pas pour nous gronder de l’avoir sorti de nos vies. Que même la science ne fait que nous ramener à la grande vacuité de nos vies et qu’on cherche désespérément du sacré, du sens, des choses à transmettre à nos enfants.

Oui, je suis d’accord. Je suis là à 100% même si les horaires de Nuit Debout ne collent pas du tout avec l’heure de la sortie de l’école, du bain et des coquillettes.

Ce qui me gêne, et là, mes doigts tremblent car j’ai vraiment peur qu’on me taxe de salope de riche facho, mais ce qui me gêne ce sont juste les débordements émotionnels des gens sur cette place, leur dérive qui pue le vin rouge, les mecs bourrés qui sont là juste parce qu’il y a peut être une clope à gratter, le sound system pourri qui balance du Gabber… Je constate avec horreur que l’idée de l’expression populaire me plait mais qu’en pratique je me sens très mal dans ce genre de rassemblement. En gros jamais je n’irai à une AG ou une manif pour me sentir en communion. Je préfère chanter un psaume ou un mantra avec des gens, même inconnus, présents dans un instant partagé.

Suis-je en train de devenir bigote ou New Age?