Spleen VS Bonheur

Vendredi dernier j’ai été voir l’exposition sur Charles Baudelaire au Musée de la Vie Romantique. Cela m’a permis de me délecter de quelques-uns de ses manuscrits disposés dans des vitrines tapissées de velours rouge. Je n’ai pas vraiment prêté attention aux toiles exposées, bien que certaines, un peu coquines, m’ont pas mal plus ; par contre cela m’a remis « le spleen » à l’esprit. Il faut dire que ce  jour-là il pleuvait sur Paris, cela se prêtait bien à ce genre de réflexion. En ressortant du Musée j’ai marché sous la pluie en me disant que le spleen était bien passé de mode… Même si le romantisme échevelé m’a toujours un peu agacé : les personnages trop exaltés, qui vivent chaque instant comme si il était leur dernier et font l’expérience de chaque émotion comme une pucelle qu’on déflore, sont vraiment fatiguant à suivre ; cependant je me suis dit qu’un peu de spleen baudelairien, un peu de mal à être, un peu d’incompréhension métaphysique valait mieux que le culte du bonheur en vogue dans notre XXI è siècle. Je parle du bonheur visible sur les réseaux sociaux bien sûr, celui qu’on voit sur Facebook et sur Instagram, sous forme de photos et d’aphorismes qui ne dépassent jamais les 500 signes. Du genre : #amazing #sunset #beautiful #friend #lifeisawesome

Vous avez sans doute remarqué que ces aphorismes sont généralement écrits en anglais ? bien sûr c’est par soucis d’être lu et compris par le plus grand nombre, car après tout la documentation du bonheur est une devenue une affaire publique, ce n’est plus quelque chose d’intime que l’on se susurre après une balade en forêt, soit. Mais je pense aussi que c’est parce que la langue française, avec sa peur coquette du ridicule ne se prête pas merveilleusement à ces exhortations positivistes.

Bon, je ne peux pas écrire davantage sur le sujet, après tout moi aussi j’utilise beaucoup Facebook et aussi un peu Instagram, mais ce billet me permet de me faire un rappel à moi-même : le bonheur publique, c’est vulgaire, le spleen, c’est beaucoup plus chic.