Un an “d’impatriation”, bilan

Juin, 2015, le grand départ

Bye Bye Beijing

Il y a un an, nous  remplissions un container avec des caisses remplies de notre vie Chinoise : pas mal de livres, des meubles chinés à Pékin, des bols, des statuettes, des pièces de bois sculptées chinés au cours de nos autres voyages. Le jour du départ, je suis allée à l’agence de Télécom pour résilier notre ligne fixe puis, j’ai pris la petite urne couleur céladon dans le placard de la cuisine et suis descendue à la rivière Liang Ma en bas de chez nous pour y essaimer les cendres de notre défunt monsieur chat. Le midi nous sommes allés déjeuner avec Wang Lichun, la nounou de notre fils et son mari. Après le dej’ nous avons filé vers l’aéroport direction …Tashkent, Boukhara où nous avons passé une dizaine de jours.

Tashkent

#staircases #tashkent #uzbekistan

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La veille de notre départ de Tashkent, nous avons bu du vin géorgien avec nos amis et avons commencé à prendre quelques nouvelles de l’hexagone. C’est là que nous avons découvert la grève des taxis et leur lutte violente contre les chauffeurs UberPop ainsi que les tweets colériques de Courtney Love qui disait que concrètement, Paris c’était Bagdad, ha.

Paris, dans le vif du sujet

Voilà, c’est donc le fait divers qui a marqué notre retour en France. Depuis ce jour on parle beaucoup de l’ubérisation du travail, c’est-à-dire de la greffe impossible de méthodes débrouillardes et tiers-mondistes dans un pays où la notion de travail est figée dans une idéologie post marxiste. (Je dis ça tout en n’étant pas moi-même une adepte du capitalisme libéral, je trouve que ce dernier et les politiques maternantes de l’état sont tout aussi totalitaires, il faut repenser le travail c’est sûr, après je ne suis pas économiste, je ne peux donc pas vous présenter une nouvelle doctrine, désolée).

La vie dans Boboland

Je crois dire sans trop peur de me tromper que le quartier de Goncourt est un quartier Bobo avec des propensions Bobo-Chic en allant vers le Sud (Canal St Martin) et Bobo-Popu en allant vers le Nord (Belleville), l’avenue Parmentier s’étalant comme une sorte de frontière entre les deux parties.

Habiter dans un quartier Bobo n’est pas si caricatural que ça, c’est vrai qu’on a une densité de magasins bios assez élevée et que la majorité des gens que j’y ai connu est free lance, architecte ou pubard, (on dit aussi que Mathieu Amalric est mon voisin, mais je n’ai pas encore eu le plaisir de le croiser), mais dans l’ensemble l’ambiance qui y règne est sympatoche et pas snobinarde. Même si le quartier s’est gentrifié depuis une dizaine d’années, il reste relativement populaire, ce qui selon moi est très sain. On est ni dans une carte postale Montmartroise, ni dans la débauche commerciale du Marais.

Dès les premières semaines de notre installation nous avons découvert le square Jules Verne qui est devenu le playground préféré de Jojo. Il y règne une bonne ambiance métissée. Les bobos, les blacks, les reubeus et les chinois cohabitent tranquillement même si l’on évite jamais un peu de grabuge au bac à sable.

Au gré de trajets de proximité, notre cartographie s’est dessinée peu à peu. Le vidéoclub, mythique boutique ouverte 7 jours sur 7, remplie de films d’auteurs obscurs, le bureau de poste rue des Goncourts qui sent un peu la sueur comme tous les bureaux de poste, l’épicerie polonaise et ses sandwichs diaboliques au Pastrami, l’école de Jojo rue Bichat, le café American Kitchen et Charlie, son adorable gérant qui aime le funk et la disco, le coiffeur reubeu qui coupe les cheveux en écoutant des sourates.

Migrations, exodes, exils

#paris #nocomment #…

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A la période de la rentrée scolaire, nous avons fait pas mal d’achats pour notre nouvel appartement, de la vaisselle, des rideaux, des portes serviettes… pendant que je claquais des euros au BHV, des milliers de Syriens, Lybiens, Erythréens, fuyaient la guerre, la misère ou la dictature, venaient s’échouer sur les rivages grecs. Pendant que je regardais, honteuse, la couleur sable de mes nouveaux rideaux, Paris commençait à se remplir de campements, la jungle poussait comme une verrue dans un terrain vague de Calais devenu zone de non droit alors que les mots migrants et réfugiés venaient nous heurter dans nos vie citadines … à Goncourt j’ai donné des fringues et de la monnaie dès que je pouvais, peinant à identifier qui était qui dans ce casting de misère. Qui est-elle, celle-ci ? Une vraie réfugiée ou une Rom ? Et y’a-t-il une différence après tout ? Tout ce que je vois chez ces femmes, c’est qu’elles sont dans la merde avec leurs enfants. Comment faire ? Les ignorer ? Les saluer un jour sur deux ? Leur donner ? Leur donner quoi ?

La fiesta

#Hey #girls @maricmarianne @antoinettemarchal

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Octobre a été particulièrement rempli, festif et intéressant. Mon équipe chinoise est venue pour le Mama Festival. Cela nous a donné quelques jours pour arpenter toutes les salles et les bars de Pigalle, voir de nouveaux groupes et d’anciens copains. Han Mai est allé en Normandie dans la ferme où Pierre B et tout un collectif de jeunes travaillent d’arrache-pied à  transformer l’espace en lieu de diffusion artistique et de résidence. Une occasion pour Han Mai de découvrir une jeunesse française engagée qui se décentralise dans les campagnes alors qu’en Chine tout le monde veut habiter en ville. Puis, j’ai free lancé à droite à gauche ce qui m’a donné l’occasion de trainer mes guêtres à Asia Now, foire d’art contemporain asiatique et à la Fiac, grand sanctuaire français du business de l’art. Nous avons aussi organisé une grande fiesta à la maison où un melting pot sympathique de nos potes issus de tous bords et de tous continents s’est retrouvé pour s’aviner joyeusement. C’est  là que j’ai rencontré Marianne Maric, photographe d’origine serbe basée à Mulhouse qui revisite les codes esthétiques alsaciens avec une bande de filles délurées, dont la figure de proue est Antoinette Maréchal, une jeune blonde oxygénée qui pratique l’effeuillage.

Yoga

Découvert le Ashtanga Yoga, displicine ardue qui force à l’humilité et ne prêche rien d’autre qu’une pratique régulière et assidue. Sans doute une des meilleures choses qui me soit arrivée cette année.

Terreur

#Paris #gunshot #13112015

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Alors que les prémisses de cette vie parisienne ne présageaient que du bon, la date du 13 Novembre a assombri nos cœurs et le quartier, blessé, s’est recroquevillé sur lui-même. Nous sommes rentrés dans une phase de deuil et les rues se sont recouvertes de bougies et de fleurs. Je n’en menais pas large. Je n’avais plus le cœur d’aller au square Jules Vernes avec Jojo. L’état d’urgence grignotait tranquillement ma joie de vivre.

Climat

#cop21paris2015

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Fin novembre début Décembre, j’ai travaillé pour la COP21 pendant quelques jours. J’ai joué le jeu de beaucoup de franciliens pendant quelques jours, à savoir prendre le RER à la Gare du Nord. Expérience que je ne souhaite pas renouveler tout de suite. Pas que ce soit craignos ou quoique ce soit, c’est juste que cela rend morose extrêmement rapidement. A l’issue de ces quelques jours sur le site j’en ai déduis que si nous ne mourrons pas de mort violente descendus à coup de kalach par des fous en Dieu nous mourrons empoissonnés par notre propre planète. Dans les deux cas tout est de notre faute. C’est sans doute parce que les français ont une conscience aiguë de ces modalités pré mortem qu’ils boivent comme des trous et fument autant de clopes. Tout le monde fait semblant de fumer de la vapeur mais dans le fond, la clope est florissante et la vinasse coule à flot. Je suis bien placée pour le savoir, j’habite à deux pas du Moka, un bar qui ne ferme jamais et qui le matin venu, dégueule une population interlope et hagarde sur le trottoir du faubourg du temple.

Bad vibes à République

Le 29 novembre, la marche pour le climat a été annulée place de la république pour raison de sécurité. Mais les défenseurs du climat étaient tout de même présents, bien décidés à exulter leurs urgences à eux. Des hélicoptères surplombaient la place et battaient le ciel bas de leurs pales inquiétantes. J’ai rarement ressenti une ambiance aussi pourrie. J’ai fait un crochet avec jojo rue Yves Toudic avant que la manif ne tourne à la bataille rangée et nous nous sommes engouffrés dans le théâtre de l’Alhambra pour voir le Chat Botté. Ce jour-là, je suis officiellement devenue allergique à la place de la République. Pourquoi n’est-elle pas restée un rond-point ???

De la toxicité de l’information

Dans cette période houleuse de fin d’année ponctuée d’attentats aux quatre coins du globe et des harangues de Marine Le Pen, j’ai réalisé à quel point tout propriétaire de smart phone est intoxiqué d’informations sensationnalistes et de breaking news morbides et à quel point il était difficile de rester maître de soi face à ce flux. Il est très facile de  tomber  dans la dépression ou dans la théorie du complot si l’on n’y prend pas gare (et tout ceci, sans même posséder de télévision ni se vautrer dans BFM TV). Les média nous pondent de l’info ready made très toxique, noyée dans de “l’info-tainment” vulgaire et dégradant, et il faut avoir une discipline de fer pour faire la part des choses, vérifier ses sources, peser les mots, douter des images choc, relire des textes fondamentaux… A ce propos, je viens de lire cet article dans le Guardian qui revient sur l’affaire qui avait sali Cameron il y a quelques mois de ça. L’histoire avait provoqué un vrai buzz sur les réseaux sociaux: imaginez, l’homme politique aurait  inséré ses parties intimes dans une tête de cochon!  Et bien la journaliste qui a publié l’info  a reconnu qu’ elle n’était pas allée vérifier la véracité de l’information, ni même l’identité de celui qui lui avait envoyé car après tout peu importe! Les internautes ont le droit de se faire leur propre avis! Que dire de cela? Que finalement la vérité n’intéresse plus les média depuis longtemps??!!!

Quoiqu’il en soit, j’ai pour ma part retiré quelques applications de mon téléphone et j’ai recommencé à lire de la philo. Surtout les grecs anciens biensûr, sophisme, doxa, démagogie, tout vient de chez eux! et un peu de Bruno Latour (mais j’ai eu plus de mal).

Noel 2015

Puis noël a succédé au deuil et aux manifs avec ses guirlandes et ses incitations à la consommation sur fond de haine des religions.

J’ai lu l’essai de Dany Robert Dufour, « L’homme qui vient après le libéralisme » et j’ai trouvé que c’était une très bonne analyse de la vacuité misérable de la vie matérielle. Parallèlement à cette lecture j’ai dû prendre en compte le fait que mon fils était devenu accroc à Star Wars par pur mimétisme social et nous avons dû lui offrir un sabre lumineux de Dark Vador pour Noel. Cette anecdote reflète bien l’idée qu’on peut avoir des convictions et ne jamais les appliquer. Je pense que beaucoup de gens dans le 11e arrondissement en savent quelque chose.

Vacances au ski

#moonboots #fashion #throwback

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Pour les vacances de Noel, nous sommes allés aux Arcs avec des amis. Il n’y avait pas assez de neige à cause des températures trop douces pour la saison (suite ironique de mes observations écolos de la Cop 21). Mais nous avons passé un agréable moment malgré le surplus de produits laitiers. 

Mort de Bowie

Le 10 Janvier, pour changer de la mort aléatoire, David Bowie est mort (d’un cancer) et a fait beaucoup coulé d’encre. Cela n’a fait que rajouter une couche à l’ambiance de deuil qui alourdissait nos contrées depuis novembre.

Découverte de l’Inde 

#beautiful #candélabre

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C’est génial de découvrir cet  autre monde,ce pays continent, berceau de tant de manières de penser le divin. Je ne vais pas m’épancher dans ce billet, mais une chose est sûre c’est que je ne pense qu’à y retourner et que la prochaine fois j’irai à Varanasi.

Etudes en ligne

En mars, j’ai commencé deux MOOCs, un sur la géopolitique de la Chine animé par P. Emmanuel Lincot, l’autre sur  la pensée critique, présenté par un philosophe Belge Guy Haarscher, spécialiste de la Laïcité. J’ai littéralement dévoré les deux programmes. Vive les MOOC !

Démocratie et République 

#nuitdebout

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Habitant littéralement à deux pas de la  République, j’ai eu tout le loisir de réfléchir à la vie politique populaire en regardant les diverses manifestations qui ont agité cette place. Je me suis dit que tous les penseurs de cette doctrine de Socrate à Lamartine et Montesquieu portaient vraiment le peuple en haute estime pour lui donner autant de droits! Droits à disposer de soi-même, droit de vote, droit du sol, droit à l’avortement, liberté d’expression etc… il est vrai que cela a pris du temps et que ces prérogatives ne se sont pas acquises sans lutte mais tout de même, quelle palette impressionnante et quelles responsabilités aussi en retour! Malheureusement à voir le niveau qui règne dans les divers débats et épanchements publics,  je ne sais pas quelle est la proportion de ceux qui ont conscience de ce que cela représente d’être un citoyen et des efforts d’analyse et de réflexion que supposent le droit à “ouvrir sa gueule” que l’on nous a conféré, hommes et femmes. Même Jean-Jacques Rousseau considérait qu’il n’y a point de véritable démocratie directe et qu’un « gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes » mais « à un peuple de dieux ».

Quoiqu’il en soit, la 5e République est à bout de souffle et les français ne sont pas si cons; vivement les élections l’année prochaine,ce sera la première fois de ma vie que je joue le jeu de la citoyenneté, gageons que d’autres post-cyniques comme moi participent également! La campagne sera sans doute moins spectaculaire que les shows de haute volée qu’ils savent faire aux Etats Unis mais j’ai bon espoir qu’un vent nouveau souffle sur notre petit pays.

Vie de famille

#boyzinthehood

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J’ai toujours été habituée à vivre loin de ma famille et pourtant je me sens très proche d’elle. En presque 16 ans de Chine, je suis rentrée tous les ans voir mon père et ma mère, je m’entends très bien avec mon frère et ma cousine, bref, la distance ne m’a jamais posé de problème. De retour en France, ma mère me manque énormément. Elle est partie juste au moment où j’allais me rapprocher physiquement d’elle et où nous allions goûter la joie d’une relation plus mature. La vie nous fait de sales blagues parfois…

Quoiqu’il en soit mon père, mon frère, ma cousine, ma belle famille sont bien vivants et nous avons développé en quelques mois un petit agenda autour des uns et des autres, c’est cela que l’on appelle la vie de famille j’imagine, du moins la vie de famille 2.0, celle où chacun est émancipé du toit parental, celle où chacun est devenu “un grand”.

Quant à la vie sous notre toit, elle est plutôt normale. Bien plus normale que notre vie en Chine où nous avions une nounou génialissime qui faisait à la fois le ménage, des plats délicieux et qui s’occupait de Jojo avec plus de patience que moi et Thomas réunis. De retour à Paris, nous n’avons pas cherché à trouver une autre super nounou, nous avons juste réintégré nos rôles respectifs. En gros: je coupe des légumes, je fais bouillir de l’eau pour les pâtes, je veille à ce qu’on ne manque ni de lait ni de PQ. A tour de rôle nous allons chercher Jojo à l’école, on l’accompagne au parc, bref, on fait notre job de parents, et c’est ma foi très agréable!

Mort de Prince

Le 21 Avril 2016 Prince, avec qui je partageais ma date anniversaire est mort. J’adore l’artiste mais ne lui pardonne pas d’avoir rejoint les Témoins de Jehovah.

China Forever

#timeless #design

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Du 21 Avril au 21 Mai nous étions en Chine, le pays de notre cœur où nous nous sommes connus avec Thomas et où Jojo est né. On a beau être rentrés dans l’hexagone, notre histoire chinoise est loin d’être finie. C’est une profonde joie de garder un lien avec ce grand pays qui demeure une source importante d’inspiration, un sas pour comparer et penser le monde différemment.

Pour entretenir ce lien avec la Chine à Paris, j’ai trouvé un super prof. Originaire du Dongbei, Zhang Sai est de 3 ans mon cadet et c’est une grosse tête. Il me fait lire des articles de propagande, m’oblige à filtrer la langue de bois inutile du véritable message caché. C’est un exercice très intéressant où le talent des chinois pour la métaphore ainsi que les petits jeux homophoniques pour parler des sujets sensibles s’exerce dans toute son ampleur. Après l’écrémage des textes de propagande, Zhang Sai me fait généralement lire un texte ancien en rapport avec le fait contemporain décrit auparavant. Il trouve toujours une analogie antique à tout ! Encore une preuve que la modernité chinoise n’est qu’une reproduction infinie des royaumes combattants.

La Mousson

Le 21 Mai 2016 Nous rentrons à Paris et découvrons le concept de mousson française. Nous connaissions bien le crachin des pays tempérés mais en aucun cas ces longues averses affreusement mouillées. Quant à l’idée d’une Seine qui sorte de son lit avec sa grande chemise de nuit grise, c’était pour nous de la science-fiction. Je n’en croyais pas mes yeux quand j’ai vu les photos envoyées par le bar Les Nautes situé au niveau du quai des Célestins. Les pauvres ! Ils avaient de l’eau jusqu’à la taille ! Pourtant nous n’avons pas été très affectés par cette crue. Notre position géographique dans la ville nous a épargné cette expérience. Je me suis dit que pour une fois la rive gauche morflait un peu et que c’était de bonne guerre. Nous on a eu le deuil post terroriste, Nuit debout et maintenant les manifs et les casseurs de la Loi El Khomri, Il n’y a pas de raison que ce soit toujours nous qui prenions, na !

Rencontre avec les travailleurs manuels

C’est à l’occasion de travaux dans notre salle de bains que j’ai réalisé à quel point nous avions pris de très mauvaises habitudes en Chine, celles de toujours dégoter quelqu’un pour faire les travaux pour nous et pour pas cher. Il faut dire qu’en Chine, les ouvriers se trouvent au coin des rues, bien en évidence (pour ceux qui lisent le chinois of course), ils attendent nonchalamment sur leur vélo ou assis sur un bout de journal en tenant des pancartes où ils ont griffonnés à la main ce qu’ils savent faire: réparation de clim’, de plomberie, récupération de vieil électro ménager à domicile etc… En France, lorsque l’on fait des travaux chez soi, les choses sont beaucoup, mais alors beaucoup plus compliquées! Tout d’abord il faut informer la co propriété, ensuite il faut trouver un chef de chantier qui idéalement va se charger de trouver des mecs fiables dans tous les corps de métier : plomberie, maçonnerie, électricité etc… Et c’est là que ça se complique car les mecs en question ont souvent mieux à faire que de venir poser une vasque ou des chiottes. Ils sont tellement pris par d’autres demandes de gens comme nous, qui ne savent qu’envoyer des mails, lire des livres et monter des expos qu’ils peuvent ajourner, retarder, voire se retirer de ton chantier. Et quand ils daignent venir, ils soupirent et te prennent de haut. Biensûr, comme nous sommes tous des humains, les choses peuvent se régler grâce à des marques de courtoisie et des cafés offerts mais tout engagement commence par un rapport de force! C’est épuisant.

Quelques lectures

Soumission de Houellebecq, Vie et passion d’un gastronome chinois de Lu Wen Fu, Riz de Sutong (en chinois), Unité politique et diversité “autour du vivre ensemble” de Bernard Jolibert, l’Homnivore de Claude Fischler, Nous n’avons jamais été moderne de Bruno Latour, Vernon Subutex de Virginie Despentes, L’empire des Signes, Mythologies de Roland Barthes, Topologies de Clémentin Rachet, Un ethnologue dans le métro de Marc Augé, Les flamboyants d’Abidjan de Vincent Hein, Affaires Résolues à l’ombre du prunier de Robert Van Gulik, Deux brûle parfums de Eileen Chang, Nouvelle Jeunesse (en avant première) de Nicolas Idier sans compter les “lectures diagonales” : Léviathan de Hobbes, République de Platon, Essais de Georges Orwell et d’autres que j’oublies sûrement.

Projet contrarié

Le 21 Juin 2016 Date anniversaire de nos 4 ans de mariage, je reçois la notification de Paris 8 qui m’informe que je ne suis pas reçue au Master de Création Littéraire auquel je postulais. Double refus pour moi, celui de l’intégration dans une structure (où je perds là aussi une occasion de rédemption auprès de l’académie), et refus, tout subjectif qu’il soit de l’extrait de mon projet de roman. Ce que je crains le plus c’est qu’en persévérant dans mon projet de roman, je devienne alcoolique comme tout bon auteur qui se respecte.

Brexit

Le 24 Juin 2016 les anglais ont voté pour le LEAVE au référendum et ont quitté l’Union Européenne confirmant encore que des valeurs érigées en 30 ans peuvent se désintégrer comme un château de sable sous le coup des marées rétrogrades. Un nouveau chapitre de science-fiction s’ouvre sous les yeux ébahis du monde….

Retour aux institutions Républicaines

Le 28 juin 2016 a été le jour d’un grand retour républicain: Inscription de jojo dans le public et Inscription de moi-même à la Sorbonne !

Bon, et alors

Bon blague à part, je ne veux pas donner l’impression de rédiger une liste de doléances chronologiques sur la France. Revenir en France, ou plutôt à Paris est un moment important, même si j’ai l’intense sentiment que je n’y passerai pas toute ma vie. Il y a bien un moment où il faut revenir là d’où l’on vient, cela aide à estimer le chemin parcouru, le sentiment d’appartenance ou d’indépendance, les valeurs à prendre et à laisser. En Chine, j’ai été portée par l’énergie folle d’un pays en pleine croissance et cela m’a évité de me poser pas mal de questions. De retour en France, je mesure mieux l’époque critique que nos sociétés occidentales traversent. Je prends le temps de réfléchir davantage à notre place dans le monde, aux enjeux de demain, j’ai même pris ma carte d’électeur pour 2017, gageons que je puisse en faire quelque chose. Je pense aussi à l’éducation de nos enfants, et je dois dire que je pense beaucoup à Dieu, d’ailleurs il n’est pas mort, vous aussi vous l’avez sans doute déjà remarqué. Il y a finalement plein d’intensité dans ces instants d’incertitude et malgré les dysfonctionnements de ce pays, et la crise de sens qui traverse de part en part notre vieux bout du monde, la vie peut y être douce et il faut souvent discuter avec des étrangers pour réaliser le confort que l’on a. C’est vrai que discuter Philo avec un inconnu au comptoir devant le café du matin, trouver autant de librairies que de boulangeries et scolariser son enfant pour 0 balle, ça ne se trouve pas partout. Donc pour rassurer certains de mes amis qui croient que ma vie  a perdu de sa substance  au pays natal, je peux dire que tout va bien.