Un mot sur Nova Heart

J’ai vu deux bonnes connaissances de Pékin lundi dernier : Helen Feng, chanteuse de Nova Heart accompagnée de Philipp Grefer son manager.

Helen venait de faire une journée presse avec différents média français et était relativement ivre quand je l’ai retrouvée à son hôtel de South Pigalle. Nous avons diné dans le coin et discuté avec ardeur (comme toujours avec Helen) du business de la musique, de la carrière de Nova Heart en Chine, en France, en Europe, des nouvelles signatures de leur label Fake Music (Whai, Dead J) .

Aujourd’hui je suis contente de voir que le buzz commence à prendre pour Nova Heart en France, les média français commencent à prendre le groupe en considération, comme le montre les reviews parues dans Les Inrocks, Mixte,Le Point. Dommage que ces derniers aient souvent qualifié le groupe de “trio féminin”. Car il y a bien un homme dans ce groupe, le bassiste Bo Xuan, mais visiblement ses traits fins d’asiatiques ont dupé les journalistes.(!!)

Quoiqu’il en soit, la route est longue pour un groupe chinois avant d’accéder à nos marchés européens saturés d’artistes et d’agences, mais s’il y a un groupe qui bosse inlassablement en Chine, c’est Nova Heart et le buzz qui se monte autour d’eux est mérité.

Helen chante en anglais, car elle a grandi aux States. Beaucoup l’appellent la Blondie de Chine et il est vrai que sa voix rappelle celle de Debby Harry, ce qui, selon moi, est plutôt mélioratif. Sa musique est un mélange de disco darkoide et de rock DFA matiné de touches synthétiques, nostalgiques. On sent dans toute sa musique qu’Helen est archi sensible et souvent en manque de sommeil.

Helen aime les choses un peu déviantes (dystopian, comme ils disent en anglais), les convenances esthétiques l’énervent. Elle tient sans doute cela de son expérience de pop star signée chez Warner Chine avant qu’elle ait choisi le “wild side”. C’est sans doute dans cet esprit, qu’a été réalisé le clip de Beautiful Boys. Une histoire écrite par Helen, qui nous emmène en banlieue de Pékin dans la vie nocturne d’un travesti qui vend son corps la nuit et tient son rôle de père de famille le jour.

Helen est incontrôlable, complètement cyclotimique et ultra créative, j’imagine que tout cela va ensemble. Je me souviens encore d’une scène dans sa loge aux TransMusicales de Rennes en 2013.Elle venait de descendre de scène après un show difficile dans le Hall 9 où le groupe avait dû jouer devant un public venu essentiellement pour Stromae. Le show était loin d’être mauvais mais jouer avant LA tête d’affiche de la soirée quand on est un groupe chinois que personne ne connait, c’est vraiment une épreuve.

A peine descendue de scène, elle est rentrée dans un monologue sans fin sur sa prochaine idée de clip ; un clip qu’elle allait réaliser elle-même ; un clip qu’elle me décrivait image par image comme un story board lynchien. Les gens défilaient dans la loge pour la saluer, mais elle était complètement dans son trip…

Deux ans plus tard elle réalise le clip de Lackluster No. avec l’actrice montante en Chine en ce moment, Tian Yuan. Il y flotte une ambiance de nuit, de fausse couche, d’amour perdu et une pâte cinématographique indéniable.

Voilà, cela faisait longtemps que je voulais écrire sur Nova Heart, mais je n’ai jamais procédé à une véritable interview, je le ferai sans doute plus tard.

En attendant, écoutez leur soundcloud.

A lire également, une interview-fleuve de Helen Feng réalisée par Thomas Burgel pour les Inrocks au printemps dernier.